" GLACIER BLANC "

samedi 30 mai  [Sortie Géologie]

Avec Mathieu Schucht, géologue

Par Danielle Alloin, adhérente Gap Sciences Animation 05

Glacier Blanc Hautes-Alpes

Toutes les photos d'Eliane Dupland, secrétaire Gap Sciences Animation, accompagnatrice de la sortie :
slideshow

Sous le front du glacier blanc

En ce dernier jour de mai, nous remontons la Vallouise vers le pré de madame Carle, à travers une forêt éclatante de toutes ses nuances de verts. Puis l’ambiance se fait ‘haute montagne’, avec névés, falaises et fond de vallée parsemé de blocs erratiques témoins de l’activité titanesque du lieu.


Nos carrosses rangés sur le parking, nous attendons que le groupe soit au complet. Après des hésitations matutinales, le ciel s’est mis au beau. Trois jeunes chamois traversent un névé juste sous nos yeux. Nous voici prêts, 19 participants avec notre accompagnateur, géologue de terrain, Mathieu.


Première halte après la traversée du bosquet de mélèzes qui entoure la maison du parc des Ecrins : chacun de nous joue à décrire à un comparse le caillou qu’il vient de ramasser sur le chemin, histoire de nous connecter au monde minéral qui nous environne. Puis nous entreprenons la montée vers le glacier blanc sur le sentier bien tracé qui s’élève en direction du nord-est. Nouvelle halte à l’ombre d’un arbre afin que Mathieu puisse nous rappeler quelques éléments de base en géologie. En voici un aperçu… Au tout début dans l’histoire de la Terre, se formèrent les péridotites. Puis apparurent trois familles de roches :


(1) les roches magmatiques avec deux genres, les roches ‘plutoniques’ résultant d’un refroidissement lent du magma et donc reconnaissables à leurs inclusions cristallines (ex. les granits formés sous les continents et les gabbros formés sous les océans) et les roches ‘volcaniques’ résultant d’un refroidissement rapide du magma (ex. les basaltes)


(2) les roches sédimentaires avec à nouveau deux genres, les roches ‘détritiques’ façonnées à partir des résidus de l’érosion des roches magmatiques (ex. les grés et les conglomérats) et les roches ‘biochimiques’ (ex. le charbon, le calcaire et les radiolarites)


(3) les roches métamorphiques, issues des précédentes, (a) ou (b), retravaillées sous l’action de fortes pressions, et reconnaissables à leur feuilletage ou à leur foliation (ex. les gneiss et les schistes).


Bien entendu, ceci est schématique, la réalité étant beaucoup plus complexe ! Mais ce sont nos premiers pas en géologie…

 

Glacier Blanc, Hautes-Alpes  Gap Sciences Animation 05

Toutes les photos d'Eliane Dupland, secrétaire Gap Sciences Animation, accompagnatrice de la sortie :
slideshow

 

Nous progressons dans la montée et atteignons une sorte de replat formé de croupes de rochers lisses, polis par le glacier, et essentiellement constitués d’un granit rose/beige à fins cristaux. Nous trouvons le lieu de piquenique idéal : en face du glacier blanc, à l’abri du vent et pas trop près du torrent dont le grondement couvrirait nos voix. Une fois échangés clafoutis, amandes, cerises…, Mathieu reprend ses explications : nous parlons des glaciers, de leur formation, de leur structure, de leur évolution, du réchauffement climatique actuel qui engendre leur fonte, des alternances de périodes froides ou moins froides au cours de l’histoire de la Terre… Ainsi, saviez-vous qu’il n’y avait pas un seul glacier dans les Alpes à l’époque romaine ? Ce qui permit aux éléphants d’Hannibal de les traverser sans se geler les pattes ! Nous parlons un peu de tout, du champ magnétique terrestre qui pourrait s’inverser, des courants marins, de la fonte du permafrost en Sibérie, bref, de la complexité du système et de la difficulté qu’il y a à faire des prédictions car les différents paramètres interagissent les uns avec les autres… Nous contemplons une dernière fois le front glaciaire avec ses crevasses, le torrent sous-glaciaire d’eau blanchâtre qui s’en échappe et se rue vers nous … Et nous entreprenons la descente.


Petit arrêt pour observer une large couche de basalte gris/vert enserrée dans le granit, et expliquer le mécanisme qui a conduit à cette particularité. Dorénavant, nous ne pourrons plus ignorer la dimension évolutive du monde minéral, car même si les temps géologiques sont infiniment plus longs que nos temps humains, tout s’y déplace, tout s’y transforme… Un grand merci à Mathieu qui nous a accompagnés dans cette prise de conscience. Nous rejoignons le fond de la vallée, il est temps de rentrer, après avoir admiré les dernières cabrioles d’un groupe de chamois entre névé et rochers.

Les prochaines sorties